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4.17.2014

Fiches sur le genre théâtral

Aristote, La Poétique  (-335)

- poésie au sens de ce qui caractérise un auteur (cf poète dramatique)
à critique platonicienne du théâtre: au nom de la métaphysique, puissance factice et trompeuse du théâtre car repose sur une force d’illusion quasi hypnotique qui emprisonne le spec dans la caverne + théâtre: lieu de l’hybris (Aristote vs)

Chap VI:
- il faut opposer mimesis (théâtre) et diegesis (épopée)
- double nature théâtre (rpz°+txt)
- tragédie (persos de haut rang) vs comédie (affaires domestiques, persos modestes)
- notion de catharsis: « en rpz la pitié et la frayeur, elle réalise une épuration de ce genre d’émotions », les passions internes du perso aident le spec à purger son âme
- primauté absolue de l’action, c’est elle qui engendre l’attitude des persos

Chap IX:
- dramaturges à faits vraisemblables, traite du général (incarna° diff de morales: typologie humaine)
- pas de nécessité de l’usage du vers
- tragédie: faits attestés, avérés ou pas / comédie: faits vraisemblables
- fonction sociale car accès à la conscience collective




La Pratique du Théâtre, Abbé d’Aubignac (1657)

- Réglementer le théâtre, le définir, le caractériser par la vraisemblance (différente du vrai). Il peut y avoir des choses vraies que l'on ne peut pas représenter au théâtre .
La vraisemblance est l’entretient de l'illusion mimétique qui permet au spectateur de croire ce qu'il voit et d’oublier qu'il est au théâtre. Forestier «  le théâtre a comme lieu principal la tête du spectateur »
-La bienséance : respect de l'éthique et de la perfection mimétique car si le spec est choqué plus de vraisemblance et donc d’illusion mimétique à ethos
- Unité de lieu ; doit être absolument le même pour ne pas rompre l'action, la vraisemblance (la téléportation ne saurait être, déjà à l’époque, qqchose de vraisemblable).
-Différence entre temps de la représentation & temps de l'action est interne à la pièce. Le temps de la représentation doit être calculé afin que le spectateur prenne du plaisir.
-Le théâtre n'a pas comme ressource le réel : ce n'est pas parce que quelque chose est réel qu'il donne quelque chose de vraisemblable. L'unité d'action aide et est nécessaire à la vraisemblance et entreprend de faire une peinture.


Entretiens sur Le Fils Naturel, Diderot

- Distinction genre sérieux - comédie - tragédie. Genre sérieux n’est pas un hybride mais un genre à part entière à grande plasticité du genre; repose sur le « nu »: dépouiller l’état de nature.
- Pour Diderot, la vraisemblance détruit la reconnaissance entre le public & la scène: tragédie avc des persos trop au dessus du monde réel; comédie ou persos sont poussés vers la caricature et en dessous du réel.
à Drame sérieux se pose comme le gardien du vrai, il faut remplacer les caractères par les conditions, ses devoirs, ses avantages, ses embarras.
à Sujet vise à une révélation des mœurs, il y a une vertu didactique: je sors du spectacle meilleur que je n’y suis entré/
-Intrigue simple, peu de persos, accents de vérité (pas de stéréotypes comme la soubrette ou le couple amoureux) on bannit les archétypes. Goût pour les tableaux qui permettent de disposer de la scène , autre moyen que le langage: bouleversement radical dans la vie du spectateur et dans les éléments qui compose le spectacle. C'est la promotion du visuel , de la lenteur.


Préface de Cromwell, Victor Hugo (1827)

- perspective historique sur la civilisation humaine
- tps primitifs - ode - lyrisme - essence - naïveté - colosses - idéal - Bible
- tps antiques - épopée - épique (diegesis) - mythes - simplicité - historiens - géants -grandiose - Homère
- tps modernes - dramatique (mimesis) - histoire - vérité - critiques - hommes - réel - Shakespeare
- principe du contraste (laid-difforme, beau-grotesque)
- pittoresque: le détail fait l’authenticité
- pas de remise en cause de l’unité d’action car une des spécificités du genre théâtral
- les 2 autres unités (tps et lieu) = gauchissement de La Poétique. Il préfère la rupture à l’unité de lieu et veut plus de libertés quant à l’unité de tps.
- il parle de vraisemblance mais lui donne un autre sens: « ce qui a un rapport avec le réel » (mauvaise foi: il parle de respecter Aristote et il s’en détourne en même tps)


Ecrits sur le théâtre, Bertolt Brecht (1957)

- différence entre un théâtre récréatif (divertissement) qu’il critique et un théâtre didactique (enseignement) qui permettrait au spectateur d’apprendre à se révolter devant le spectacle du monde, c’est un théâtre à la fois social et politique. Il veut rompre avec Aristote et la tradition de la primauté de l’action
à remet en cause la distinct° aristotélicienne entre mimesis et diegesis, il prône un théâtre diégétique (introduc° d’une voix surplombante sur le modèle du roman)
- métamorphoses dramaturgiques: rompre avec la passion du dénouement et l’intérêt de l’intrigue, chaque scène est une leçon et constitue une unité, importance de la mise en scène qui apporte un sens, déroulement de la pièce qui doit porter le spec à la réflexion, il doit y avoir des rebondissements et de la surprise
- modalités de réception: spec = observateur actif, théâtre imperméable aux sentiments affectifs (mais pas aux émotions)
- fonction sociale du théâtre: à réfléchir pour être en position de prendre des décisions, prise de conscience, responsabilité du théâtre
- vers un cadre politico-philosophique plus large: vs idéalisme et matérialisme dialectique marxien, théâtre doit dépasser le stade de la suggestion pour l’argumentation (rhétorique sur le spec), l’homme doit être posé en tant qu’objet polymorphe et en constante métamorphose.


Introduction à l’analyse des textes classiques, éléments de rhétorique et de poétique du XVIIème siècle, G. Forestier (1993)

- 3 types de discours: délibératif (évaluer, juger), judiciaire (accuser, défendre), épidictique (louer, blâmer, instruire)
- conception de l’argumenta° (de l‘inventio): arguments affectifs (mœurs du locuteur, l’ethos ainsi que ses passions internes + passions externes du spectateur) et arguments rationnels (lieux communs: sentences morales, proverbes et maximes / lieux de contraire / lieux de définition (cerner sujet) / lieux causes à effets / lieux de comparaison)
- conception de l’organisa° (la dispositio): exorde (captatio benevolentiae + poser termes du sujet), narration (exposer faits), confirmation (rassembler preuves et contre preuves), péroraison (conclusion)
- conception de l’ornementation (elocutio): ts les procédés de style
à Pour être un auteur il faut respecter ces règles mais également réussir à s’en affranchir.


Lire le théâtre, Anne Ubersfeld (1977)

- Texte et rpz°: impossibilité de mettre d’accord lecteurs (spécialistes) et praticiens du théâtre (dramaturges), texte doit obéir aux règles de la communication  (émetteurs, un message, codes linguistiques, récepteur double) + 6 fonctions du langage: référentielle (on apprend sur les persos par les autres persos), expressive/émotive , poétique (reconnaître la patte de l‘auteur), métalinguistique (théâtre parle du théâtre), conative (tout ce qui détermine l’action) et phatique (quoique dise le perso, en + de ce qu’il dit, il dit « je vous parle, m’entendez-vous? »)
- Dialogisme et polycentrisme: dialogisme = spécificité du théâtre (Bakthine le voit comme une spécificité romanesque) à polyphonie « chq fois qu’un perso parle il fait entendre 2 voix, la sienne et celle de l’auteur »; c’est la double énonciation (aussi déconnecté du réel et permet de montrer au spec qu‘il est au théâtre). Le discours du txt commande celui de la mise en scène comme une parti° de musique. Le polycentrisme à schéma actanciel (destinateur, destinataire, sujet, objet, adjuvants, opposants): personne ou tt le monde parle, pas de voix centrée sur un perso. Importance de l’actant qui pousse un perso à l’action et progresser l’action tout en créant le conflit entre les persos. La mobilité du pt de vue empêche toute analyse psychologique
- Illusion et dénéga°: théâtre = statut du rêve (apparence du réel sauf qu’il sait que ce n’est pas la réalité). Illusion mimétique nécessairement présente, les caractéristiques temporelles et spatiales sont proprement théâtrales et donc déconnectées du réel. Ubersfeld congédie ainsi les théories de D’Aubignac et le critère de la vraisemblance car tout théâtre suppose une invraisemblance que le spec accepte. Hic et nunc (salle-lieu présent du spectacle) vs Hors Champ. L’illusion du théâtre doit forcément être niée volontairement. Aragon: théâtre = « mentir vrai ». Le théâtre est à la fois performance (danse, musique à « être là ») et représentation (tableaux, films à « valant pour »). Contrairement au cinéma, c’est le spectateur qui cadre et organise sa perception; il est actif. Même si le théâtre emprunte à la parole humaine, il ne cesse de violer (et oui!) les lois de la conversation dans le réel: le théâtre fonctionne grâce à sa capacité à transgresser ces attentes. Codes de la conversation de H. Paul Grice (conditions: quantité, qualité, relation, modalité) sont bafoués. à symbolise illusion et dénégation.


Emission de France Culture sur le conflit entre Port Royal et le théâtre: 

- Racine reproche à Port Royal son goût pour la littérature (traduction de Térence contradictoire + moralisation paradoxale)
- attitude ambivalente de PR vs théâtre: croyance dans l’art mais peur de sa puissance. Dangers: impression d’images + force inconsciente du théâtre (peur platonicienne).
- Pouvoirs: représentation du réel, efficacité de la grâce et de la parole. Théâtre comme le « meilleur détour de l’homme pour se penser lui-même ».


Sujet de dissertation d’Anne Ubersfeld: « Le théâtre est figure d’une expérience réelle avec ses contradictions explosives et que la scène donne à voir comme un oxymore. Or cette expérience dans le champ réduit de l’aire de jeu, un spectateur peut la vivre comme un exorcisme ou comme exercice. L’expérience théâtrale est un modèle réduit. »

à En quoi la spécificité du théâtre, considéré comme l’ensemble texte et rpz°, lui confère-t-elle sa puissance?
1. Illusion et dénégation
2. Un laboratoire de l’exp humaine
3. La puissance du théâtre (image et incarnation…)