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12.14.2013

Exemple d'analyse de Race et Histoire

« L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n'est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or derrière ces épithètes se dissimule un même jugement : il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarti­culation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain ; et sauvage, qui veut dire « de la forêt », évoque aussi un genre de vie animale, par opposition à la culture humaine. Dans les deux cas, on refuse d'admettre le fait même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit. [...]

En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie. »      

                                                                           Claude Lévi Strauss, Chapitre 3, Race et Histoire



Enjeu: réflexion sur la notion de culture (en particulier telle qu’elle se définit pour un Occidental.
Qu'est-ce qu'un homme cultivé ? s'oppose-t-il à celui que l'on appelle barbare ? Et sur quoi repose la prétention à qualifier l'autre de « barbare » ? ne manque-t-on pas soi-même d'humanité en la refusant à autrui ?

Erreur: barbarie n’est pas une absence de culture ou une simple différence de culture.

chapitre de l’ethnocentrisme: faire de sa propre culture un modèle, et rejeter hors de la culture en général tout ce qui ne rentre pas dans la sienne.
- constat : attitude communément partagée de répudier spontanément ce qui n'appartient pas à sa propre culture. Derrière les mots, le rejet de la culture de l‘autre peut s‘avérer être le rejet de son humanité. Il conclut que « le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie. »

1. constat d'attitude --> anthropologue. situation inattendue/étrangère: tendance à rejeter ce qui n'appartient pas à sa propre culture. Ainsi des actions d'ordre moral (comme les questions de polygamie), religieux (comme certains sacrifices), social (comme la manière de se saluer), ou esthétique (comme la décoration de son corps) sont facilement critiquées dès qu'elle ne nous ressemblent plus.

2. attitude pas nouvelle et semble communément partagée. Langage --> expressions comme « habitudes de sauvages, « cela n'est pas de chez nous » ou encore « on ne devrait pas permettre cela »: propos grossiers   --> ignorance, bêtise, capacité à agresser l'autre. Analyse psychologique: voir dans le « frisson » né face à l’étranger, une forme de peur ici il est question d'un rejet de toutes caractéristiques culturelles étrangères. Le racisme c’est rejeter les caractéristiques naturelles de l‘étranger. Critique de l'ethnocentrisme: faire de sa propre culture, de son groupe ou ethnie, une norme, un modèle pour les autres.

3. histoire du mot « barbare » en tant qu’illustra° : à l'origine il désignait tous ceux qui, pour les Grecs, n'appartenaient pas à leur civilisation. Puis civilisa° occ avec « sauvage ». Les 2 renvoient au domaine de la nature : le premier au langage inarticulé des oiseaux, le second signifie « de la forêt ». Ainsi traiter l'autre de barbare ou de sauvage c'est le ramener l‘animalité, donc en faire un être dénué de toute culture.

4. Cela ne réside même pas dans la prétention à une culture supérieure, mais en une négation de toutes formes de culture autres que la sienne. Or l'humanité ne se partage pas qu'avec celui en qui on se reconnaît. Juger inhumain, sauvage ou barbare l'autre parce qu'il est radicalement différent, c'est soi-même manquer d'humanité. C'est refuser ce qui fait la dignité de l'autre, sa nature humaine. Devoir éthique de respect de l'autre dans son altérité. Le barbare est celui qui croit à la barbarie de l'autre, c'est-à-dire à son inhumanité. Il croit que l'autre est un barbare parce qu'il ne respecte pas sa dignité d'homme. Or ne pas reconnaître en l'autre une même nature humaine, c'est cela être barbare.